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L’Inox européen entre en ébullition

25-01-2012

Category : Market

ThyssenKrupp a confirmé hier qu’il menait des discussions en vue de fusionner sa branche acier inoxydable avec son concurrent finlandais Outokumpu. Le nouvel ensemble prendrait la première place mondiale. Aperam n’est pas non plus fermé à un rapprochement.

Evoquée depuis de nombreuses années, la consolidation dans l’acier inoxydable européen semble s’accélérer. Le sidérurgiste allemand ThyssenKrupp a confirmé hier qu’il menait des discussions en vue de fusionner sa branche spécialisée, qui pèse 5,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec son concurrent finlandais Outokumpu. Celui-ci deviendrait le numéro un mondial de l’acier inoxydable. Selon le quotidien régional allemand « Rheinische Post », l’opération consisterait à créer une entité commune d’un chiffre d’affaires cumulé de quelque 10 milliards d’euros et de 18.000 salariés, dans laquelle ThyssenKrupp conserverait une participation minoritaire. Cette information a suffi à enflammer l’ensemble du secteur en Bourse : Outokumpu a bondi de 18,42 % hier, contre 18,35 % pour son concurrent Aperam, et 4,87 % pour l’espagnol Acerinox. Longtemps épargné par la crise de la sidérurgie, l’acier inoxydable a connu il y a de dix à vingt ans de belles années en Europe. Mais les aciers chromés, employés dans l’électroménager, l’automobile ou encore les ascenseurs, souffrent depuis cinq ans de surcapacités. Un problème résultant de l’augmentation de la production en Asie qui déséquilibre le marché. Un problème accentué par le fait que, comme dans l’acier avant la fusion entre Arcelor et Mittal, il manque aujourd’hui un grand acteur capable d’influer sur les prix de l’acier inoxydable. A ces aspects structurels s’ajoutent des facteurs conjoncturels : la production n’a pas repris comme prévu après l’été 2011, car les distributeurs et les utilisateurs finaux ont cherché à réduire leurs stocks sur les derniers mois de l’année.

Une mégafusion à trois  ?
Depuis un an, les lignes bougent dans le secteur et une série d’événements a ouvert la voie à des projets de concentration. La décision d’ArcelorMittal de mettre en Bourse sa branche acier inoxydable, rebaptisée pour l’occasion « Aperam », a été le premier catalyseur. Quelques mois plus tard, ThyssenKrupp a annoncé des projets similaires pour sa division désormais nommée « Inoxum ». Mais les perspectives d’une introduction en Bourse se sont évanouies compte tenu de la dégradation de l’environnement de marché. Rien d’étonnant à ce que le conglomérat allemand cherche plutôt à céder cette branche à un autre acteur européen. D’autant que le calendrier presse : pour se désendetter, ThyssenKrupp souhaite se désengager de l’acier inoxydable avant la fin de l’année. Si l’industriel rhénan mène actuellement des discussions avec Outokumpu, cela ne veut pas forcément dire que ce scénario-là l’emportera au final. Les analystes imaginent tout aussi bien un rapprochement entre le groupe finlandais et Aperam, qui apporterait de nettes réductions de capacités et permettrait de mettre en commun le réseau de distribution. Une fusion entre Thyssenkrupp et Aperam aurait aussi une certaine logique, car la filiale de Mittal n’est pas encore présente aux Etats-Unis, où le groupe allemand dispose d’une usine. D’ailleurs, Aperam ne se dit pas fermé à une concentration dans le secteur. « Nous nous réjouirions de toute consolidation qui serait d’après nous très bénéfique au secteur de l’Inox », a déclaré hier un porteparole. Le scénario d’une « mégafusion » à trois n’est pas non plus à exclure. Cette possibilité a été évoquée en décembre, lors d’une réunion des syndicats sous la houlette de la Fédération européenne de la métallurgie. Mais cette opération complexe pourrait se heurter à de nombreux obstacles. Outre les autorités antitrust qui risquent de froncer les sourcils face à la position de ce grand acteur sur le marché, les politiques pourraient freiner une consolidation trop destructrice pour l’emploi, notamment chez Outokumpu, dont l’Etat finlandais est l’actionnaire clef. Quant aux syndicats, ils ont le pouvoir chez ThyssenKrupp de s’opposer à une telle décision au sein du conseil de surveillance.

Source : INGRID FRANCOIS-FEUERSTEIN, Les Echos

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